En trois œuvres (Sumba, l’orpheline de guerre sorti en 2001, suivi d’un double album, Kungo Sogo et Dayele, respectivement sortis en 2005 et 2006), Doussou Bagayogo a prouvé qu’elle avait du talent. Ce qui ne surprend guère parce qu’elle aurait eu du mal à échapper à la musique.
Doussou est en effet la fille de Nahawa Doumbia et de N’Gou Bagayogo, guitariste et chef d’orchestre de la Diva du Didadi. Pour elle, son mariage avec la musique est « une longue histoire ». Elle a commencé à chanter dès son bas âge. « Déjà à 8 ans, j’accompagnais ma maman pour les concerts. Et je profitais des intermèdes pour monter sur scène et chanter. Je chantais beaucoup son titre Farafina Danbé (Les valeurs ou coutumes d’Afrique) que j’aimais beaucoup », se rappelle-t-elle.
Par la suite, elle a participé à un concours musical de la télévision nationale du Mali, Chandelles, qu’elle a remporté.
En 2000, il y a eu un concours national des jeunes talents en faveur de l’Association malienne de lutte contre les déficiences mentales (AMALDEME). Là aussi elle a eu le premier prix.
Un an plus tard, elle a mis sur le marché son premier album, Sumba, l’orpheline de guerre. La clef de son succès ? Il y a naturellement la notoriété de sa mère parce qu’il n’est pas facile d’échapper à l’héritage qui est le sien. Mais, la star branchée ne manque ni de talent ni de détermination.
Elle refuse d’être seulement « la fille de ». Elle souligne donc, « J’ai beaucoup travaillé pour mériter mon succès. Je dois toujours prouver que je suis une héritière à la hauteur des talents de ma mère ».
Ce n’est pas en tout cas le talent et la volonté qui manquent à cette célibataire sans enfant. Même si des rumeurs font souvent état de ses fiançailles avec tel ou tel. « Ce sont là des ragots des gens. Sinon je ne suis pas fiancée à plus forte raison mariée. J’ai un petit copain comme la majorité des filles de mon âge. Tout va bien entre nous, mais nous ne pensons pas encore au mariage », dément-elle. La gracieuse Doussou reste donc un cœur à apprivoiser, à conquérir.
Victime de la rançon du succès
« Je ne suis plus la même, en tout cas les gens ne me regardent plus de la même façon. Je ne passe plus inaperçue parce que partout les gens me reconnaissent et m’interpellent. Du coup, ma façon de vivre à changer et je ne peux plus me permettre des caprices de mon âge. Je dois maintenant faire attention à ma tenue vestimentaire, à mes fréquentations, à mon expression... Cela fait une pression énorme. Mais, je me dis aussi que c’est la rançon du succès. C’est aussi la beauté de la chose », souligne Doussou.
Elle reconnait toute fois que, « la musique m’ouvre aujourd’hui beaucoup de portes. Elle m’a permis de beaucoup voyager, de rencontrer plein de gens et de me faire beaucoup de relations à travers le monde. Et socialement, je ne plains pas non plus. Je remercie Dieu pour le succès et le bonheur qu’il me donne. Je remercie mes parents pour leur soutien et surtout pour leur compréhension parce qu’ils m’ont laissé suivre ma voie sans aucune pression ».
A ce stade de sa carrière, elle ne manque pas de satisfactions. « Je pense être sur la bonne voie. J’ai toujours eu des témoignages dans ce sens. Mais, je prie toujours Dieu de me donner la force de me battre pour satisfaire les mélomanes. Je ne veux pas baisser les bras parce que je rêve de vivre une carrière aussi brillante que celle de ma mère. Je veux aller plus loin qu’elle parce que, comme toute mère, c’est ce qu’elle souhaite pour moi ».
Très sage, elle n’attend pas que des lauriers de la part de ses fans. « Les gens ne cessent de me dire que je fais bien mon travail et cela est une grande motivation pour persévérer dans ce que je fais. Mais, je souhaiterais que mes fans ne se limitent pas à m’admirer, qu’ils me critiquent aussi. Ce sont les critiques et les suggestions qui permettent à un jeune artiste comme moi de progresser, de mûrir et de réaliser ses rêves. Leurs critiques sont les bienvenus. Je leur fais confiance pour me guider. Et je ne ménagerais aucun effort pour continuer à leur plaire », les invite-t-elle.
Les études en veilleuse
N’empêche qu’elle nourrit un certain regret pour avoir mis en veilleuse ses études. « J’ai arrêté mes études en veilleuse après le Bac. Je ne parvenais plus à les concilier avec ma passion. Avec les concerts, les tournées et d’autres sollicitations, je ne parvenais plus à me consacrer à mes études. J’étais constamment débordée.
J’ai donc pris la décision de mettre les études en veilleuse pour mettre ma carrière sur orbite ». Toutefois, elle promet de suivre tôt ou tard des cours. « Je n’y ai pas renoncé pour autant. Je compte reprendre mes études plus tard, même si c’est par correspondance ou des cours du soir », assure-t-elle.
Se retrouvant mieux dans ses chansons, les jeunes ont fait de Doussou leur star adulée. « Dans mes chansons, j’essaye d’éduquer les jeunes et de les guider à travers des conseils », dit-elle. A ses jeunes fans, elle conseille de se protéger contre le VIH/Sida, d’éviter la drogue et le tabac.
« Les jeunes doivent faire gaffe au VIH/Sida. C’est une maladie terrible. A défaut de s’abstenir ou d’être fidèle, ils doivent se protéger. Aucun plaisir ne vaut la vie ! Ils doivent aussi faire un trait sur la drogue, le tabac... », conseille la Madone d’une génération consciente.
Doussou exhorte aussi ses camarades à se battre dans la vie pour réussir, car « seul le travail paye. On ne gagne rien à croiser le bras et se lamenter sur son sort. Il faut se battre, garçons et filles, pour surmonter les obstacles et se frayer un chemin vers la réussite ».
Malgré sa précoce réussite, elle s’efforce de vivre comme ses camarades en allant souvent à la discothèque ou au resto avec ses copines, ou en pratiquant le basket ou l’équitation. D’autres liens avec ses jeunes fans en attendant son prochain album.
« C’est un projet qui est bien avancé. J’ai commencé à composer des chansons, la maquette commence à prendre forme », nous confie-t-elle. En attendant, les mélomanes peuvent savourer ses trois opus dont elle poursuit la promotion à travers le Mali et monde.
Moussa Bolly
décembre 2006.