De la race des griots traditionalistes, porte-paroles de toute une communauté, maîtres des secrets mandingues, diplomates... il reste encore des survivants et Ami Diarra en est une ! Femme et de surcroît privée de l’usage de ses deux jambes, elle s’est affirmée comme une des premières voix de la ville de Kayes, capitale de la première des huit régions administratives du Mali.
Agée d’une quarantaine d’années, cette malienne a su séduire son entourage par son dynamisme débordant, son enthousiasme et son optimisme contagieux.
Après avoir servi son pays à l’occasion des plus grands événements telles que les biennales artistiques et culturelles nationales, les élections généraux, la très populaire griotte aura, durant ces derniers mois, mis à profit la Coupe d’Afrique des Nations de football, que le Mali a abrité, pour déployer toute son énergie et son savoir faire.
"Depuis le début de cette CAN, je dors très peu ; je travaille pour sa réussite et je reste supportrice au premier plan" nous confiait-elle lorsque nous l’abordions dans sa ville au cœur d’une meute de supporters sur la célèbre place de l’indépendance.
La fierté d’Ami Diarra, au delà du fait que Kayes ait accueilli l’événement continental du football, fut encore plus grande lorsque ce fut dans cette ville que le Mali vint à décrocher, face à l’Afrique du Sud, sa qualification pour la demi-finale :
" Nombreux étaient mes compatriotes maliens qui s’opposaient à la tenue de la CAN ici à Kayes à cause de l’éloignement et de la précarité de cette région ; et Dieu faisant les choses, la CAN s’y est tenue et les Aigles du Mali sont passés par ici pour réaliser leur plus belle victoire !"
En bref, entre Ami Diarra et la ville de Kayes, on parle d’une belle histoire d’amour. Demandez-lui pourquoi avec toute sa popularité et son talent de griotte elle ne va pas à la conquête de Bamako, la capitale du Mali.
Elle vous répondra simplement :
"Mes matigui (familles nobles affiliées à la sienne depuis plusieurs générations) n’ont jamais faillis à leur devoir de prise en charge à mon égard ; eux et toute cette ville suffisent à mon bonheur." Des paroles à méditer par toutes celles qui exercent ce métier...
Propos recueillis par Labass Diallo